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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 08:26

 

Refonder l’esprit syndical

 

Si nous entendons par syndicalisme, la volonté de transformation sociale et politique -projet porté par les anarcho-syndicalistes au sein de la cgt d’avant le congrès de Tours-, qui a irradié le syndicalisme digne de ce nom jusqu’à nos jours, il semble qu’il faille parfois replonger dans l’histoire pour nous projeter dans notre avenir :

La Charte d’Amiens, par exemple, en 1906, parlait de « lutte de classe », « d’exploitation » ; elle indiquait que le syndicat avait pour finalité certes d’améliorer la condition des salariés, mais qu’il devait aussi conduire à « l’émancipation intégrale », à « l’expropriation capitaliste »… Par les temps qui courent où certaines officines confédérales ont tendance à oublier les textes fondateurs, ce petit rappel inaugural ne semble pas de trop…

Que l’on me permette ici de souligner que cette même charte « préconise  comme moyen d’action la grève générale »…Mais j’y reviendrai plus tard…

Je voudrais insister ici sur un point que la charte mentionne donc et qui sous-tend tout le syndicalisme : le syndicat doit viser à l’installation d’une société où les moyens de production et de répartition soient entre les mains des salariés.

Pendant longtemps, les syndicats ont été ainsi des « groupes de résistance » qui ont, notamment par l’intermédiaire des Bourses du Travail (idée de Fernand Pelloutier, anarcho-syndicaliste) proposé des contre-modèles sociaux et éducatifs… Le mouvement syndicaliste a ainsi dessiné les formes d’une culture ouvrière, d’une sociabilité des salariés…C’est vrai pour la France, mais aussi pour une grande partie de l’Europe.

Le point d’orgue de cette puissance syndicale a été marqué bien sûr par 1936 (je n’oublie pas non plus 1968) et ses grandes lois d’émancipation sociale acquises par la grève générale,  qui a forcé le patronat à l’acceptation des revendications portées par le Front populaire…

Oui, hier, comme aujourd’hui, pas de victoire sociale sans grève générale, n’en déplaise à certains caciques bien installés dans leurs bureaux parisiens et habitués de certaines garden parties… Certes, on n’appuie pas sur un bouton pour la déclencher, mais on la désire, on y appelle…

Ceci dit, il m’apparaît que l’autre phénomène essentiel qui explique la désagrégation du syndicalisme et la fragilisation du mouvement social (en dehors des effets délétères de l’individualisme crée par la « dissociété » contemporaine), c’est l’oubli de ce pouvoir « modélisateur » que doit avoir le syndicalisme : je veux dire non seulement par cela que les syndicats ne sont plus autant des vecteurs de formation générale et professionnelle ou syndicale qu’ils ne l’ont été (de même que le parti communiste a pu l’être à une certaine époque), mais que le syndicalisme, pour parler naïvement, ne fait plus « rêver », et en même temps n’installe pas de rêve dans le réel Pour m’expliquer mieux, les sociétés de secours mutuel, les bourses du travail, ont été les embryons de nombreuses réalités instillées par la suite dans la réalité sociale : mutuelles, caisses de retraites, par exemple…

Je crois  qu’il faut ainsi revenir à nos racines syndicales, nous souvenir que nous avons pour vouloir celui de changer la société : cela passe par nos luttes, par notre travail syndical, mais aussi par le fait de proposer concrètement aux salariés un autre mode de production, de vie…  Je crois qu’il est temps que le syndicalisme en lien avec les aspirations des salariés et de l’ensemble des citoyens qui souhaitent que l’on produise selon des normes écologiques et sociales, participe concrètement, par exemple, au travers de coopératives de salariés, à la création « d’ entreprises » agricoles ou « commerciales » : cela en lien avec le monde paysan, avec les collectifs, avec les Amap,…

Car lutter contre l’exploitation, c’est aussi proposer un contre-modèle qui montre aux salariés qu’un autre monde est possible, que l’on peut se réapproprier ce que la propriété industrielle et capitalistique a confisqué… On donne ainsi tout son sens à la production biologique, par exemple,  qui n’a pas pour but d’être consommée par ceux qui le peuvent financièrement, qui ne doit pas être découplée d’interrogations sur les modes de production (qu’ils soient sociaux ou liés aux transports, par exemple)… On élabore dans l’action syndicale, dans le réel, la finalité du projet d’émancipation.

L’esprit des bourses du travail,  revivifié depuis deux décennies par Attac (désir de réflexion citoyenne, de formations, de débat), et dont le Collectif de Résistance Sociale de Fontenay-le-Comte est aussi un bien modeste exemple (par le croisement du syndical et du politique, par l’organisation de débats citoyens), qui anime encore certains syndicats, ne devrait-il donc pas être revisité, renouvelé ?

Associer les salariés dans la création d’essaims de production et de consommation, n’est-ce pas là le moyen de redonner au mouvement syndical et social toute sa force et son sens ?

 

François Poupet, membre du Collectif de Résistance Sociale de Fontenay-le-Comte, syndicaliste Sud-Education, initiateur de l’appel des 200 en Vendée.

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  • : Le Collectif de Résistance Sociale de Fontenay-le-Comte (ville du Sud Vendée) est né du mouvement social de mai 2003. D'abord comité de grève, issu des A.G de grévistes du public, il s'est élargi en direction du secteur privé, puis de manière générale à tous les citoyens engagés dans une démarche de progrès social et politique. A la fin du mouvement de mai 2003, il prend le nom de Collectif de Résistance Sociale, car nous sommes en Résistance contre le néo-libéralisme !
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